Hasard

  Auteur J-M. G. Le Clézio

  Sortie : 1997

 

 


 

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L'Eternité. C'est la mer allée avec le soleil.

 

Ça faisait longtemps que je voulais lire un Le Clézio. C’est un prix Nobel après tout, ça ne peut pas être mauvais. Ne connaissant absolument rien de lui, j’ai donc pris le premier qui traînait dans ma bibliothèque et je me suis lancé.

Le vieil homme et la mer. Et la fille.

Nassima, jeune fille abandonnée par son père et vivant difficilement avec sa mère embarque clandestinement dans le bateau Azzar, possédé par un riche réalisateur sur le déclin, aidé par un assistant mystérieux et mutique. Le bateau part alors pour une traversée de l’océan qui les obligera à vivre les uns avec les autres.

Le récit de la vie de ces trois personnages à la fois prisonniers du bateau et libres de toute contrainte est très beau. Nassima s’adapte assez vite à sa nouvelle vie tandis que le vieux capitaine bourru s’attache à la jeune femme en qui il voit sa nouvelle fille. Le livre aurait pu être très lourd et peu intéressant. Les personnages sont assez typiques de ce genre d’histoires et on s’attend à ce que le vieux se prenne d’affection pour la fille. Mais Le Clézio ne fait pas dans la psychologie de comptoir et laisse vivre ses personnages sans chercher à les expliquer à longueur de pages. On se prend donc à apprécier la traversée sublimement décrite par l’auteur.

La mer en Littérature est un sujet fascinant. Depuis Moby-Dick, nombre d’auteurs se sont attaqués à cette cruelle ogresse, amante magnifique. Il faut un certain talent pour prétendre passer derrière Melville, Rimbaud ou Hugo (ah Hugo…). Le Clézio s’en sort avec brio. On est capté par l’environnement qui engloutit les trois personnages. La mer dans toute sa complexité est parfaitement retranscrite, à la fois havre de paix et danger permanent. On s’abandonne à ses charmes et les mots sonnent à nos oreilles comme les clapotis du ressac sur la coque du Azzar.

Le bateau est d’ailleurs un personnage en soi tant il existe et évolue à travers les yeux des personnages. Nassima notamment entretient une relation spéciale avec le Azzar qui apparaît au fil des jours comme son sauveur ou comme son pire ennemi.

Une histoire d’eau douce-amère

Même si la mer est d’abord un gage d’évasion et d’oubli du quotidien pour nos héros, ils n’arrivent pas à échapper au monde qui les entoure. Le roman évite tout naturalisme lyrique et les héros ne peuvent vivre perpétuellement hors du temps. Les escales sont l’occasion de brusques retours à la réalité et la fin du livre à la fois dure, mélancolique sans être dénuée d’espoir, ne surprend pas le lecteur. Ces exilés qui cherchent un abri dans les cales du Azzaar doivent affronter la réalité et cela ne se fait pas sans souffrance.

Le Clézio nous propose donc un roman complexe car les personnages qui l’habitent ne peuvent pas trouver véritablement ce qu’ils cherchent. Ils sont réunis dans ce bateau car ils fuient une vie qui les dérange. Cela ne peut que réussir que quelques temps… Ces héros ont su partager un certain sens du bonheur perdus au milieu des flots, c’est déjà ça.

 

C’est donc une belle histoire que nous propose Le Clézio, celle d’une tentative d’exil de deux personnages perdus sur terre. Heureusement, l’auteur évite les clichés et ne fait pas de la nature sauvage la solution à tous leurs problèmes, seulement une parenthèse  qui laisse entrevoir le goût salé du bonheur. Ce livre donne en tout cas envie de lire d’autres livres de cet écrivain.

  4 1

PS : Le roman est suivi d'une nouvelle Angoli  Mala sur un Indien qui retourne dans sa tribu et trempe dans une affaire de contre-façon. C'est un agréable complément à Hasard.

 

Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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