La petite communiste qui ne souriait jamais

  Auteur : Lola Lafon

  Editeur : Actes Sud

  SortieJanvier 2014

  Pages320

 

 

 

Il faut souffrir pour être parfaite

 

Je n’ai pas eu la chance de suivre les JO de Montréal en 1976, qui ont été marqué par une petite fille de 15 bouleversant l’histoire de son sport : la gymnastique. Son nom m’était évidemment connu, mais je ne savais rien de son histoire. Le récit de Lola Lafon m’a permis de rattraper cette lacune. L’écrivaine retrace en effet le parcours de Nadia Comaneci de ses débuts à sa retraite sportive. Comme elle le précise, le livre n’est pas un documentaire, c’est un récit fictionnel basé sur la réalité mais qui se permet des passages romanesques pour remplir les ombres qui parsèment la vie de Nadia. Et ce récit est sublime.

 

Une grâce enfantine

Si Nadia est aussi belle lors de ses exercices, c’est qu’elle a encore un physique d’enfant. Fin, sans formes superflues, destiné uniquement à accomplir les quelques gestes attendus par le jury, son corps est l’instrument principal de son succès. Lola Lafon réussit à nous faire comprendre la particularité de Nadia en approfondissant la relation qu’elle entretient avec son corps. Dès que Bela, son entraîneur la prend sous son aile, Nadia devient une machine à gagner. Elle n’existe plus que pour ça, chacune de ses actions est dirigée vers cet objectif. Et c’est ce corps qui causera aussi sa déchéance lorsqu’elle deviendra femme, alors que le monde veut voir un enfant. L’auteur retranscrit parfaitement les différentes étapes de la vie de Nadia et on ne peut qu’être fasciné par le personnage qu’elle dépeint. Nadia ne semble jamais regretter les sacrifices qu’elle fait. On ne ressent pas de pitié pour elle, ou de compassion. On ne peut que s’interroger comme l’auteur sur ses motivations profondes, sur ce qu’elle ressent véritablement. Même après voir refermé le livre, Nadia Comaneci reste un mystère et le but de Lola Lafon n’est pas de se lancer dans une explication psychologique de la gymnaste mais juste de nous présenter un être singulier.

 

Le regard de l’auteur

Le récit est chronologique est aurait pu souffrir d’une trop grande linéarité et d’un schéma binaire « grandeur et décadence » classique. Cependant, Lola Lafon utilise un procédé très ingénieux qui permet de rompre cette continuité temporelle en introduisant un dialogue fictif entre elle et une supposée Nadia Comaneci adulte qui commenterait chaque partie du livre. Ce dialogue permet non seulement d’avoir un recul sur les événements écrits mais aussi sur la manière dont l’écrivain les transmet, réinterrogeant sans cesse le rapport de l’auteur avec le réel. Cela permet aussi à Lola Lafon de donner une autre dimension, ou tout du moins une autre couleur aux événements qui viennent d’être décrits. Le danger est alors de tomber sur une explication de texte dans laquelle l’auteur nous donnerait la morale à retenir du chapitre qu’on vient de lire. Ces passages sont heureusement suffisamment bien écrits pour éviter cet écueil et au contraire poser davantage de questions sur le destin de Nadia et de la Roumanie. Le parcours de la gymnaste permet aussi d’évoquer la Guerre Froide et la place du pays de Ceausescu dans ce conflit entre les blocs. Lola Lafon ne force pas le trait et se contente de souligner les problématiques propres à cette période sans réellement tirer de conclusion. On peut parfois regretter un manque de subtilité dans sa manière de renvoyer URSS et Etats-Unis dos à dos de manière un peu didactique à travers les yeux de Nadia, mais ce ne sont que quelques lignes dans un récit autrement très fin et nuancé.

 

C’est donc un très beau récit que nous livre Lola Lafon. Celui d’une enfant qui ne pense qu’à la victoire et qui transcendera un sport et une nation. Le récit, aussi, d’un écrivain qui tente de retranscrire fidèlement à la fois la grâce naturelle de Nadia et la vie de labeur et de souffrances nécessaires.

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Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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