Community

  Créée par Dan Harmon

  Six seasons (and a movie ?)

  Nombre d'épisodes : 110

  Durée : 22 minutes (saisons 1 à 5)
  puis 27 minutes (saison 6)

  Diffusion : 17 septembre 2009 - en production

  Diffusée sur NBC (saisons 1 à 5)
  et Yahoo! Screen (saison 6)

 

 

La série des séries

#SixSeasonsAndAMovie ! Qui eut crû que le slogan, lancé au cours de la saison 2 comme une moquerie envers The Cape, deviendrait le cri de ralliement et le business plan de Dan Harmon pour les années à venir ? Qui eut crû que la discrète sitcom de NBC devienne un monument de la culture nerd, objet du même culte qu’elle voue à la pop culture ? Alors que le show conclut sa sixième (et dernière ?) saison, voilà pourquoi il faut attendre la suite avec impatience.

 

Saison 1 : Sept à l’université

Community dépeint les aventures d’un improbable groupe de sept personnes, réunies par Jeff Winger (Joel McHale) dans le but de réviser l’espagnol, et de séduire la blonde Britta (Gillian Jacobs). Les efforts de ce dernier seront évidemment récompensés à la longue, mais dans sa quête, longtemps désespérée, Jeff, avocat banni du barreau et cynique par nécessité, va surtout trouver un inséparable groupe de losers, groupe dont la solidarité ne se démentira jamais.

Paintball !

La première saison de Community prend le temps d’établir une ambiance laidback et d’établir son ton décalé. Si, dans les premiers épisodes, les dialogues tombent parfois à plat, ils deviennent rapidement la grande force de la série. D’autant plus que celle-ci assume ouvertement, dans sa seconde moitié, les références pop qui la parsèment, au point d’en faire le gimmick de nombreux épisodes, dont le génial Modern Warfare, paintball dégénéré au travers du campus. Autant d’aventures qui lient nos sept amis et nous avec eux.

 

Saison 2 : Plus ils sont fous, plus on rit

Forte de ces liens, la deuxième saison peut se permettre de pousser plus avant les relations entre les membres du study group, de tester leurs résistances individuelles, leur résilience collective. Moins caricaturaux, ces personnages révèlent désormais plus que leurs faiblesses, ils dévoilent leurs contradictions : les hésitations amoureuses de Jeff, les réalités floues d’Abed (Danny Pudi), l’insécurité affective de Pierce (Chevy Chase) sont autant d’objets d’amusement pour les spectateurs.

Réalités divergentes

Les 24 épisodes qui forment cette saison comptent nombre des plus réussis de la série. Les gimmicks, poussés plus avant, sont savoureux et bien mieux intégrés dans la narration globale. Dans cette optique, l’épisode 11 (Abed’s Uncontrollable Christmas), réalisé entièrement en stop motion, est un plongeon vertigineux dans l’esprit perturbé du nerd parfait, tout comme l’épisode 9 (Conspiracy Theory And Interior Design) nous soumet une infinie mise en abyme de complots et d’alliances renversées. Bref, la saison la plus aboutie de la série.

 

Saison 3 : Théorie du chaos

Arrivée à maturité lors de cette troisième saison, Community se permet de confronter ses personnages à des tensions toujours plus poussées aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du groupe, désormais connu sous le nom des « Greendale Seven ». En fait, c’est bien le chaos qui règne. Théorie du chaos, ouverte lors du troisième épisode, par un jet aléatoire de dés qui crée six différentes lignes temporelles, dont la plus sombre d’entre elles menace la cohésion du groupe (« the darkest timeline »).

"The Darkest Timeline"

Alors que la série semble s’enfermer toujours plus avant dans les méandres cognitifs d’Abed, deux autres arcs la saison : le nouvel appartement d’Abed, Troy (Donald Glover) et Annie (Alison Brie) et la prise de pouvoir par le perturbé Chang (Ken Jeong). Le premier permet d’approfondir les relations entre les trois « jeunes » de la série, leurs insécurités. Le second offre aux Sept de Greendale l’opportunité bienvenue de sortir du cadre contraint de la série pour mieux renforcer leur interdépendance et leur résilience en tant que groupe.

 

Saison 4 : En roue libre

La décision du producteur NBC Universal de renvoyer Dan Harmon, le génial créateur et showrunner totalitaire, avant la saison 4 donnait à celle-ci l’opportunité de se renouveler. Pourtant, David Guarascio et Moses Port choisissent de reprendre le bébé avec l’eau du bain. Une eau qui a désormais un parfum de réchauffé. Réduite à 13 épisodes, la série est aussi forcée de prendre un rythme plus soutenu. Combiné ensemble, ces deux défauts donne l’impression d’une série en roue libre qui ne justifie pas le départ de l’un de ses principaux acteurs, Chevy Chase.

Choisissez votre référence préférée

Cependant, tout n’est pas noir. Community, même réchauffé, reste supérieure à la moyenne des sitcoms américaines. La dernière année d’études comportent donc quelques aventures excitantes : la rencontre de Jeff avec son père, la maladie imaginaire de Chang ou encore la prequel de la série. Mais cela ne suffit juste à préserver le parfum des dynamiques passées.

 

Saison 5 : Back to basics

Le retour de Dan Harmon aux manettes coïncide avec le départ, définitif, de Chevy Chase et celui, à anticiper, de Donald Glover. Community retrouve donc son chef d’orchestre mais perd deux de ses meilleurs solistes. Heureusement, Ian Duncan (Jon Oliver) est de retour, le Dean Pelton (Jim Rash) prend enfin la place qui lui était due, et le nouveau professeur Hickey (Jonathan Banks) viennent combler pour une saison le public et les fans.

Troy & Abed

Et comme toujours dans Community, tout cela est intégré dans la narration. Alors que Jeff, dont l’arrivée à Greendale et les appétits sexuels étaient le fondement du study group, ne parvient pas à quitter son nouveau lieu de cœur, Abed doit faire le deuil de son amitié avec Troy le temps d’une mémorable partie de chat perché. Tout ce petit monde semble se retrouver pour « sauver Greendale » prête à être vendue à une fameuse marque de sandwich. Bref, Community revient aux fondements et pousse le volume méta up to eleven.

 

Saison 6 : Le début de la fin

Annulée par NBC au printemps, Community est finalement sauvée par Yahoo! Screen à l’été, comme si la « darkest timeline » ne pouvait l’emporter. Si la série gagne cinq minutes supplémentaires par épisode et une liberté de ton accrue, elle perd au passage les professeurs Hickey et Duncan ainsi que Shirley (Yvette Nicole Brown) et se demande comment continuer au même niveau alors que la moitié du cast d’origine a déserté la série. Dan Harmon trouve la solution grâce à la montée en puissance de deux personnages secondaires, le Dean et Chang, et l’arrivée de deux nouveaux guests, Paget Brewster et Keith David.

Non, ceci n'est pas un diplôme. D'ailleurs, ce n'est pas non plus la saison 6.

L’opération « Save Greendale » continue avec en fond la question, qui concerne aussi bien les personnages que le décor lui-même : comment continuer à être soi-même lorsqu’on change ? La réponse se trouve dans un contournement de la question, puisqu’il s’agit de découvrir son identité inaltérable pour mieux s’assumer. Cette identité, Dan Harmon en est le garant, et même si le format plus long et les saisons plus courtes, ont fait perdre à Community cette tension narrative qui a caractérisé les premières saisons, la dynamique demeure, pour notre plus grand plaisir.

 

Une ode au « méta » et à la pop culture

L’identité de Community, c’est avant tout de constantes références à la pop culture, à laquelle Abed, qui se révèle progressivement comme le véritable personnage principal, voue un culte de tous les instants. Ces références trouvent leur expression la plus aboutie dans les gimmick episodes qui ont fait la célébrité de la série : autant d’épisodes lors desquels la réalité des personnages bascule dans un pastiche de quelque film ou genre célèbre. Parmi les plus réussis figurent évidemment les cinq épisodes de paintball sur des thèmes variés (film de guerre, western, Star Wars, films d’anticipation et James Bond).

"Somewhere, Tim Burton is getting a boner"

Plus encore que la pop culture, Community est définie par les constantes références à sa propre production, ce que les critiques aiment appeler le méta. Ici encore, le personnage d’Abed joue un rôle central. Lui seul semble avoir conscience que sa propre vie et les aventures de son groupe sont l’objet d’une narration, conscience qui énerve particulièrement ses camarades (« There is no seasons or episodes in real life »).

 

Génie ou arnaque ?

Le méta a ses fans et ses détracteurs. Pour les premiers, dont votre serviteur fait partie, il y a une immense qualité à savoir mélanger différents niveaux de réalité, de lecture et d’humour au sein d’une même intrigue cohérente. Le génie de Dan Harmon s’exprime alors dans sa capacité à mener une série dont chaque épisode peut être vu et apprécié comme une entité singulière, mais dont la pleine compréhension requiert à la fois un visionnage régulier et exhaustif des six saisons ainsi qu’une connaissance étendue de l’actualité qui l’entoure et de la culture des films et séries en général. Tout un programme.

"The story of the story is the story"

Les seconds, vils critiques, affirment en revanche que le méta ne crée rien, qu’il s’agit de la tendance nombriliste d’une télévision qui ne s’adresse qu’à elle-même et un public réduit de fans. Les audiences de Community semblent lui donner raison, mais cela est-il vraiment un défaut ? Community est une série exigeante qui, même sans le star power dont disposait 30 Rock, atteint avec une fréquence et une régularité notables l’objectif qu’elle se fixe : inclure le spectateur dans cette communauté de fans qui partage ses références, son humour, ses joies et ses peines. Voilà qui vaut bien la note maximale. En attendant le film.

 

5 1

 

Hugo Argenton

En attendant d'aller faire l'ermite dans les Highlands ou le Bayou, avec l'oeuvre intégrale de Tolkien pour seule compagnie, je hante les salles du nord-ouest parisien et dévore séries politiques et romans.

On a la vie qu'on peut.

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