Daredevil

  Création : Drew Goddard et Steven S. DeKnight

  Nombre de saisons : 1

  Nombre d'épisodes : 13

  Durée : 60 minutes

  Diffusion : 10 avril 2015 - en production

 

 

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Le diable est dans les détails

 

Daredevil… ah Daredevil…. Sûrement l’un des personnages les plus intéressants du Marvel Universe. Sa première adaptation à l’écran fut un sombre échec sur lequel je ne reviendrai pas. La décision de Marvel de le faire vivre dans son univers cinématographique mais en confiant la réalisation de la série à Netflix a donc fait bondir de joie tous les fans du justicier aveugle. Alors est-ce que ça vaut le coup d'oeil ? (ahah)

 

Mais c’est qui Daredevil ?

Pourquoi ce héros est-il l’une des figures les plus intéressantes de Marvel ? Pourquoi Netflix a choisi ce personnage pour en faire une des séries les plus en vue (ahah) du moment ? Il le doit surtout à de grands auteurs qui ont insufflé leur propre vision (ahah) du héros dans des arcs narratifs désormais mythiques. Je pense évidemment à Frank Miller (malgré tout le mal qu’on peut penser de l’homme profondément réactionnaire) qui a su marquer le monde des comics et notamment Daredevil. Ses arcs le confrontant à Bullseye ou au Kingpin sont des must absolus. Il s’est surtout amusé à faire tomber Murdock au fond du gouffre associant pour longtemps le héros à la pire crasse de Hell’s Kitchen. Ann Nocenti a, quant à elle, pris un virage plus politique et a creusé les interrogations existentielles du personnage en le confrontant à ses pires démons mais aussi au maître des enfers, Méphisto en personne.

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Daredevil face à Mephisto sous la plume de Nocenti. Daredevil #282

 

Pourtant le justicier était à son origine bien moins sombre. Aveugle depuis un accident radioactif qui a rendu tous ses autres sens plus performants, il enfile un vilain costume jaune (qui deviendra vite l’iconique costume rouge) et affronte des méchants assez classiques. Depuis quelques années Mark Waid a su redonner un peu de légèreté bienvenue aux aventures du démon de Hell’s Kitchen. La série, quant à elle, s’inspire clairement des périodes réalistes et dures du héros.

 

Un univers fidèlement retranscrit

Netflix a mis les petits plats dans les grands et a pris l’univers de Daredevil au sérieux. On est loin très loin des films Marvel Studio, peu d’humour, pas de punchlines et un récit réaliste et sombre. L'ambiance de Daredevil est fidelement reconsturite jusque dans les plus petits détails (de l'histoire des origines au costume en passant par une mystérieuse étudiante grecque...) L’un des gros points de fort de la série est son casting parfait. Charlie Cox rentre totalement dans la peau de Matt Murdock et chacun de ses gestes semble pensé pour rappeler le jeu perpétuel qu’il est obligé de jouer en feignant d’être un aveugle ordinaire incapable de se déplacer sans sa canne. Le personnage de Daredevil, dont la série montre la création progressive, est impeccable : ses doutes et sa difficulté à se placer dans le combat entre le Bien et le Mal sont puisés directement du comics. La série arrive habilement à cerner la facette religieuse de Matt Murdock qui est cruciale pour comprendre ses motivations.

 

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La foi catholique de Murdock est extrêmement importante dans la définition du personnage

 

L’un des plus gros risques de cette première saison venait aussi du Caïd. Grand méchant iconique qui tire les ficelles de toute la criminalité de New-York, son apparence est plutôt ridicule. Gros chauve en costume, il cache derrière sa graisse une force redoutable qu’il n’hésite pas à utiliser pour écrabouiller ses ennemis entre ses mains. Difficile donc d’incarner un tel personnage. D’Onofrio y arrive avec brio en nous proposant un Caïd bien plus fragile que son alter-ego papier. Ce parti pris est une très bonne idée et permet de le rendre immédiatement intéressant et charismatique. Les personnages secondaires sont aussi réussis de Foggy Nelson à Ben Urich en passant par Karen Page, c’est un sans-faute.

 

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Cette oreille m'a fasciné pendant toute la série

 

Une qualité artistique indéniable

La réalisation et la structure de la série sont souvent intéressantes et prouvent un réel effort pour marquer Daredevil d’une touche particulière. Les scènes d’action sont quasiment toutes réussies. Les deux antagonistes ont un style de combat très différent. Murdock voltige et assomme ses adversaires de magnifiques saltos vrillés. Le Kingpin ne s’embarrasse pas de fioritures et pilonne ses opposants à coups de poing avant qu’ils n’aient le temps de réagir. Une scène du deuxième épisode tout particulièrement ressort du lot. En s’inspirant d’Oldboy, le réalisteur propose un long plan-séquence dans un couloir dans lequel Daredevil éliminera tous ses adversaires, notamment en hors-champ. C’est osé, c’est beau, ça en met plein la vue (ahah) et c’est totalement réussi. De telles audaces sont cependant assez rares dans l’ensemble de la série qui reste exigeante dans sa réalisation.

 

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Son costume initial est directement tiré d'un comics écrit par Miller et dessiné par Romita Junior

 

La structure narrative est aussi travaillée même si certains choix sont plus discutables. Des flash-backs un peu trop présents dans les derniers arcs notamment ralentissent l’intrigue au mauvais moment. L’ensemble de la saison reste cependant bien centrée autour de son intrigue principale sans multiplier les pistes et les temps morts sont rares. Surtout, aucun personnage n’est insupportable ce qui est quand même assez rare dans le monde des séries.

 

Des failles scénaristiques

La volonté de bien faire semble avoir cependant freiné les scénaristes de la série qui se sont contentés du minimum syndical. De peur sûrement de s’empêtrer dans une intrigue trop complexe qui les auraient empêcher d’introduire correctement l’univers, ils ont choisi la facilité en n’hésitant pas à utiliser de nombreux clichés et de grosses ficelles qui ne fonctionnent tout simplement plus. Le dernier épisode est à cet égard des plus décevants… Plus globalement, le choix de faire du Caïd un homme fragile apporte une limite au récit. Contrairement à ce que les personnages ne cessent de répéter, on a du mal à le percevoir comme surpuissant. La série démarre alors qu’il est au sommet de son art et nous montre une succession d’erreurs et de doutes de sa part. Daredevil/ Matt Murdock n’est presque jamais menacé et les plans de Wilson Fisk ne sont jamais brillants. Il aurait été plus judicieux de nous montrer un plan machiavélique qui aurait placé le Kingpin dans une autre dimension que celle d'un simple voyou capable de soudoyer tout le monde. Ce qui aurait dû être un choc de titans perd donc énormément de sa force et le scénario en intérêt. 

 

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Le Kingpin est plus humain dans la série, mais semble aussi toujours pris au dépourvu

 

Quel avenir pour les séries Marvel/ Netflix ?

Pourtant, le plaisir que l’on prend à voir une série aussi exigeante pour un personnage de comics l’emporte sur ces réticences. Je serais donc indulgent dans ma notation pour cette première saison. Mais la prochaine saison qui ne bénéficiera plus de l’effet de surprise devra nécessairement pallier ses défauts. Surtout s’ils choisissent d’utiliser Elektra <3. J’ai une autre inquiétude sur les prochaines séries (qui concernent rappelons-le Luke Cage, Jessica Jones et Iron Fist). Cette saison de Daredevil s’appuyait sur deux des personnages les plus interessants de Marvel. Les autres séries n’auront pas cette chance, et l’univers de ces personnages est beaucoup moins riche. La qualité d’écriture devra compenser cet handicap de départ. D'autant plus que pour les spectateurs qui ne connaissent pas du tout le comics, peu leur importe que l'univers originel soit respecté.

 

Cette première saison de Daredevil a été un véritable plaisir à regarder. Un univers riche et parfaitement adapté servi par un casting de haute volée et une réalisation appliquée permettent à Matt Murdock d’enfin trouver une adaptation à sa mesure. Cependant si l’enthousiasme que procure la surprise permet d’être indulgent quant aux défauts d’écriture qui parsèment la saison, les scénaristes devront nous proposer mieux pour la prochaine saison en ayant moins froid aux yeux.

Ahah !

  4 1

 

Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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