Oh my god, they killed Homie! (you basterds)


27 saisons des Simpson. 27. Autant de jeux vidéo basés sur l’univers et un film. Un merchandising qu’on pourrait qualifier d’omniprésent - à l’heure où j’écris ces lignes, ma coque de téléphone est aux couleurs des Simpson. Et c’est parti pour durer encore quelques temps comme ça. Les Simpson, comme pour 99% des gens de mon âge, c’est une pierre angulaire de mon éveil culturel, une étape obligée qui a commencé en français et qui s’est poursuivie en anglais (et je me battais pour qu’on le regarde en anglais), des centaines d’épisodes regardés encore et encore jusqu’à en savoir chaque dialogue. Pourtant je ne suis pas tant un “fan” des Simpson que cela. Je serais probablement très mauvais sur un quiz un minimum pointu ou à reconnaître certains personnages obscurs de la série animée. Mais l’important, c’est que la série de Matt Groening m’a bercé depuis tout jeune, elle faisait partie des premiers DVDs que j’ai achetés avec mes “propres sous” et qui doivent encore traîner quelque part chez mes parents. Alors oui, à cette époque, on ne comprenait pas certaines blagues ou situations, surtout quand ça traitait de sujets qui se passaient sur le sol des Etats-Unis en particulier. Mais les messages étaient clairs, les personnages simples et efficaces et l’univers fouillé et divers. Mieux, la série, qui est tout de même un poil plus vieille que moi, a su évoluer pendant mes jeunes années pour m’apporter toujours quelque chose de neuf, ou en tout cas, c’est comme ça que je le vivais.

 

Simpson x south park 2

 

Puis une autre série animée est entrée dans ma vie. Mes petits camarades d’école en parlaient pas mal, mais il faut reconnaître que les propos qui étaient utilisés scandalisaient un peu mes parents. A l’époque, elle faisait beaucoup de bruit et était pas mal décriée, comme franchement inutile, prônant l’injure et montrant quelques atrocités gratuites, pour le simple plaisir des jeunes. Alors comme pour Les Simpson, j’ai pris le train en marche et j’ai commencé à regarder les aventures des 4 enfants du Colorado un peu en retard. C’était différent. Les Simpson restait ma référence et ma série animée de prédilection. Mais regarder South Park, c’était un peu comme un plaisir coupable, regarder une série alors qu’on n’était pas sensé le faire. Puis la série a continué à s’immiscer dans mon esprit, prenant peu à peu plus de place dans mon fond culturel. A tel point que je pense sérieusement qu’elle a affecté pour de bon ma manière de parler - j’ai l’insulte facile avec mes proches. Pour rire, évidemment, mais je pense honnêtement que South Park n’y est pas pour rien. Et les deux séries se sont mutuellement regardées et respectées, South Park restant à mes yeux le fils illégitime des Simpson qu’il continuait de prendre comme source partielle d’inspiration.

Puis, quelques fulgurances, comme un épisode marquant et bienvenue sur Ben Laden après les attentats du 11 septembre 2001. Mais avant tout, deux épisodes qui mettent le panorama des séries animées, à l’époque, en perspective (dans la limite de ce qu’une série peut dire sur quelques uns de ses pairs). Le premier que je vais évoquer est sorti pendant la 10e saison et fait partie de ces fameux arcs qui se déroulent sur plusieurs épisodes, caractéristiques du South Park de l’époque (un peu comme les Treehouse of Horror chez Les Simpson). Cartoon Wars I et II procèdent à une destruction en règle de Family Guy et de son humour gratuit sur fond de caricature de Mahomet. Et Parker et Stone touchent ici, comme ça a été le cas auparavant, à un sujet très important dans le panorama des séries. Il est franchement incompréhensible de comparer South Park à Family Guy. Et c’est ici ce que veulent mettre en avant les créateurs de South Park. Les séries animées ont toutes leur propre signature et plaisent à des publics différents. Personnellement, je déteste Family Guy. Je n’ai jamais compris le gag du poulet. Mais j’ai des amis qui ont clairement assumé “adorer l’absurdité de Family Guy”. Et de rajouter que South Park ne les avait jamais lancé dans un fou rire, contrairement à la création de Seth McFarlane.

 

Simpson x south park 1

 

Si l’on peut comprendre le désarroi des créateurs de South Park quand on compare les deux séries, on peut aussi comprendre le fond de leur pensée. Family Guy est vraiment une série de gags sans lien les uns avec les autres, complètement absurdes dont la création peut se comparer à un générateur automatique de blagues. Le processus créatif derrière peut donc être un peu mis en doute. Mais ça ne veut pas dire que ça ne fonctionne pas (je reconnais que Surfing Bird me décrochera toujours un sourire). Le deuxième épisode que je vais évoquer traite quant à lui des inspirations que les séries animées ont les unes avec les autres, et plus globalement l’inspiration d’une oeuvre à une autre en général. Simpsons already did it montre les essais perpétuels de Butters pour semer le chaos et la destruction tout en restant original. Malheureusement pour lui, tous ses méfaits ont déjà eu lieu dans Les Simpson. Sa quête infinie d’inspiration donnera une conclusion toute simple : tout ce qui est fait et qui sera fait aura forcément une part d’inspiration dans son exécution, ses circonstances ou son développement. Stone et Parker ne sont pas fous, ils savent que leur série doit beaucoup au succès des Simpson, mais aussi que Les Simpson doit lui-même beaucoup à d’autres oeuvres.

 

Simpson x south park 3

 

C’est en partie cette prise de conscience et cette auto-critique permanente qui m’ont fait réévaluer ma position vis-à-vis de South Park, qui n’était plus forcément qu’un moment de détente mais aussi un vrai espace de discussion. Et ce sujet n’en est qu’un parmi les dizaines traités avec brio par la série de Stone et Parker.

 

Martin Hervieu

Programmeur à mes heures, je reste avant tout un enfant des Dents de la Mer qui en plus de m'avoir donné mon prénom m'a donné un nouveau dieu.

Sinon, je joue aussi à des jeux et je regarde des films et surtout beaucoup de séries. Et pas que des biens.


“T’as regardé l’épisode de South Park ?”. Une question que je pose à 2-3 personnes toutes les semaines, le jeudi. Automatiquement. “T’as regardé le dernier Simpson ?”. Une phrase que je n’ai pas prononcée depuis des années. Mais comment en suis-je arrivé là ? J’avais beau avoir regardé encore et encore tous les épisodes de la série de Groening, j’ai fini par regarder encore davantage les épisodes de South Park. Jusqu’à effacer totalement Les Simpson de mes visionnages actuels, après un dernier essai particulièrement triste et décevant pour la saison actuelle. Nous avons défini South Park comme une série qui connaît et reconnaît son statut et le statut de ses pairs. Mais ce serait oublier une grande partie de ses caractéristiques que de se cantonner à celle-ci, bien que primordiale. Car South Park a des qualités qu’elle partage avec d’autres séries, et certaines bien personnelles, dans un ton qui sera toujours propre et jamais égalé.

 

Simpson 1

 

Nombreuses sont les qualités qui font la spécificité South Park. Parmi elles, on trouvera des musiques originales complètement barrées et souvent exceptionnelles. Qui pourra oublier Uncle F*cker, Kyle’s mom’s a b*tch (ma préférée), Minorities, The Circle of Poo, Poo poo train, Let’s fighting love… La musique est une composante primordiale de la série de Parker et Stone, à tel point qu’elle est devenue comme une marque de fabrique. Et pas seulement pour les musiques originales, mais aussi les reprises ridicules (What what in the butt) ou évidentes (Thriller) ainsi que les musiques d’ambiance ou de montage. Ah, les montages, un dada des deux américains qui ne se gêneront pas pour les utiliser régulièrement, de manière ironique bien évidemment. S’il y a bien une manière efficace de faire passer un message de manière directe et durable, c’est une chanson bien écrite. Parker et Stone ont maîtrisé rapidement le procédé, créant même des réflexes très répandus. Que me dites vous si je pointe une caractéristique évidente et navrante de nos amis d’Outre-Atlantique ? America, F*ck Yeah! (Oh, vous ne le dites pas ? Et bien moi, si). Merci Team America. Merci Parker et Stone.

 

Team america

 

Et de là découle en partie une conséquence tout à fait logique : South Park est créateur de répliques et de moments cultes. Pas seulement parce que la série animée cherche à choquer (j’y reviendrai), mais aussi et surtout parce que ses créateurs savent créer quelque chose qui nous fait réagir. En mal ou en bien, qu’importe, South Park offrira forcément des moments particulièrement marquant. On se rappelle notamment de la manière dont Parker et Stone ont traité la scientologie, ce qui a fini par déranger Isaac Hayes qui en plus de nous avoir offert une musique de film plus connue que le film (ou que Hayes lui-même) prêtait sa voix au Chef (Hello there, children). Sans pitié, les deux américains ont fait passer le personnage de Chef par les pires tortures, rendu esclave après un lavage de cerveau et mutilé. Ils ont même utilisé des morceaux pré-enregistrés de la voix de Hayes pour faire parler le personnage, ce qui rendait le tout particulièrement hilarant même si le fond était beaucoup plus sérieux. Il serait beaucoup trop long d’évoquer tous ces moments cultes, mais ils sont avant tout portés par des personnages particulièrement atypiques, traitant chacun leur propre problème et délivrant des répliques et des moments singuliers. Les adultes auront souvent des problèmes de leur âge, comme l’alcoolisme de Randy, ou l’addiction au porno de Randy, ou la mégalomanie de Randy, ou … alors que les enfants, comme dirait Craig, sont toujours fourrés dans un sale coup.

 

Randy 1

 

Ce qui fait également la spécificité de South Park, c’est sa capacité à s’exporter. Calmez vous bien, je sais que Les Simpson ont un merchandising démentiel, rappelez-vous, j’en ai parlé dans la première partie, et des comics. Mais quelle série animée a réussi son passage au grand écran de manière très réussie, et pas seulement correcte ? Quelle série animée a eu le droit à une vraie adaptation en jeu vidéo et pas une énième purge faite à la va-vite pour profiter de la fanbase ? South Park, évidemment. Aucune autre série ne peut s’en targuer. Le film South Park est ce qu’on a fait de mieux au grand écran comme adaptation de série animée. Bigger, Longer & Uncut, voilà comment il avait été présenté, et on peut dire qu’il a tenu toutes ses promesses. Avec un vrai plot, des musiques parmi les meilleures de la série, des séquences hilarantes en pagaille mais avant tout un immense respect de l’esprit de la série, le film South Park défie tous les pronostics et s’offre même une mise en abyme. Tout simplement prodigieux. Quant au jeu vidéo, s’il n’est apparu que récemment et a été développé par Ubisoft (qui ont eu le mérite d’avoir dit oui) après beaucoup de péripéties, il s’est révélé être l’un des meilleurs RPGs l’année de sa sortie ainsi qu’une vraie révélation. Là aussi, sa durée de vie est appréciable, mais il bénéficie avant tout d’un univers ultra respectueux de la série qui nous offrira notamment de jouer la classe “juif”. Qui parmi vous n’avait jamais rêvé de jouer juif dans un RPG ? (Oh, vous n’en réviez pas ? Et bien … moi non plus).

 

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Tout ce qui vient d’être dit a beau être vrai, ce n’est pas ce qui fait la force principale de South Park. La série est avant tout une tribune constante pour Parker et Stone et leur endroit propice pour évoquer tous les faits de sociétés qu’ils jugent dignes d’être évoqués. A une époque, on pourrait dire qu’ils se sont presque égarés en politisant à outrance leurs propos et en s’éloignant considérablement des préoccupations d’enfants que pouvaient rencontrer Stan, Kyle, Kenny et Cartman. Et on aurait tort, parce que South Park est justement fait pour changer de style de saison en saison, et le fait brillamment pour constamment se renouveler. On aura eu le droit à des idées démentielles et disproportionnées (mecha Streisand, bien qu’hilarant, peut paraître somme toute difficilement compréhensible si l’on n’est pas dans la tête de Parker ou Stone), des piques d’un épisode (Tom Cruise, R Kelly et John Travolta dans le placard) ou des vendettas annoncées (Trump, particulièrement maltraité mais pas forcément déclaré comme lui-même). Parker et Stone usent et abusent des références culturelles et des faits en tous genre pour alimenter leur série.

 

Mecha stresiand


Nécessairement, la volonté d’être choquant et incisif amènera quelque chose en tout premier lieu : la controverse. Et Parker et Stone la cherchent, à n’en pas douter. Ils en parlent dans le film adapté de la série. La controverse est au centre de South Park et ruisselle sur chacune des saisons, jusqu’à présent. On ne compte pas non plus le nombre d’épisodes qui ont amené une réaction d’organisations parentales aux Etats-Unis, la série ayant certainement été à l’origine de plus de la moitié de leur plainte (probablement pas quand on considère ce qu’ils jugent parfois inapproprié). Mais la controverse, c’est la manière qu’ils ont eu pour faire connaître leur travail. Malheureusement, c’est aussi ce qui a poussé tant de personnes à ne pas s’attarder sur ledit travail, qui est remarquable au demeurant. A la fois frein et moteur, on les voit mal s’en séparer sur le long terme, même si cette saison nous amène sur des terrains jusqu’à présent inexplorés...

 

Martin Hervieu

Programmeur à mes heures, je reste avant tout un enfant des Dents de la Mer qui en plus de m'avoir donné mon prénom m'a donné un nouveau dieu.

Sinon, je joue aussi à des jeux et je regarde des films et surtout beaucoup de séries. Et pas que des biens.

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