The Good Wife

  Création : Michelle et Robert King

  Nombre de saisons : 6

  Nombre d'épisodes : 134

  Durée : 45 minutes

  Diffusion : 22 septembre 2009 - en production

  Chaîne CBS

 

 

Femme modèle, modèle de série

 Deux ans avant l’affaire Strauss-Kahn mais plus de dix après l’affaire Lewinski, The Good Wife met en scène Alicia Florrick, l’une de ces épouses trompées et humiliées sur l’autel médiatique de l’ambition de leur politicien de mari. Un procedural à la pointe de l’actualité et une ode à la résilience des femmes.

Saison 1 : Alicia Florrick, femme (de)

Alors que son mari Peter est poursuivi dans un scandale sexuel, Alicia (Julianna Margulies, un Golden Globe et deux Emmys mérités pour sa performance) doit abandonner la maison familiale et la vie de femme au foyer pour reprendre sa vie professionnelle et payer les factures. Embauchée chez Lockhart-Gardner où son ami Will (Josh Charles) est name partner, Alicia est en compétition avec Cary Agos (Matt Czuchry) pour conserver son poste.

Alicia Florrick, ou l'alcoolique qui a su garder la classe.

Cette première saison est celle de la résilience. Alicia doit gérer son difficile retour dans un monde du travail extrêmement concurrentiel et protéger ses enfants adolescents des conséquences du scandale qui ébranle leur famille, le tout en soutenant son époux infidèle lors de son procès : tout un programme ! La révélation de cette première saison, c’est aussi le personnage de Kalinda (Archie Panjabi), la troublante investigatrice qui devient bientôt l’amie d’Alicia.

Saison 2 : Dans la fosse aux lions

Blanchi, Peter (Chris Noth) repart à la conquête de son poste de procureur. Alicia se retrouve donc prise au milieu de son affrontement avec son successeur. Les frontières qui séparent vies professionnelle et personnelle s’effacent aussi avec Will Gardner avec lequel Alicia flirte désormais sans retenue. Lequel Will mène des relations floues avec le nouveau partenaire du cabinet.

Un tout petit monde

Toujours au rythme des affaires traitées par Alicia, qui a désormais Cary comme adversaire, la deuxième saison de The Good Wife montre à quel point l’élite de Chicago est un monde consanguin où les alliances sont changeantes, la loyauté rare et les intrigues permanentes. Au milieu de ce petit monde, ce sont la morale et la rigueur d’Alicia qui se trouvent affectées. Elle non plus n’est pas immune à la tentation.

Saison 3 : Liaisons dangereuses

L’intrigue principale de cette saison 3 est la liaison entre Alicia et Will. Toujours mariée, notre héroïne ne conserve son alliance que pour les avantages qu’elle lui procure. La consanguinité des relations autour d’elle atteint d’ailleurs de nouveaux sommets : elle affronte régulièrement les procureurs travaillant pour le compte de son mari, réélu, et Eli Gold, le spin doctor de ce dernier (Alan Cumming, qui nous sert du petit lait à chacune de ses performances) travaille pour le cabinet d’Alicia.

Le cul entre deux chaises (mais pas que...)

Après la résilience et la tentation, la troisième saison de The Good Wife est l’occasion de voir Alicia s’affirmer et batailler entre la poursuite de ses intérêts et la rigueur morale qu’elle continue de s’imposer. Tout en reprenant les mêmes thèmes que les saisons précédentes, cette saison est aussi l’occasion de se plonger dans le passé des personnages : Will et ses relations floues, Kalinda et ses nombreux amants. Une certitude : nul n’en ressort grandi.

Saison 4 : En crises

Alicia continue de gravir les échelons, utilisant toujours sous le même couvert moral lorsqu’il s’agit de justifier les avantages dont elle croit naturel de bénéficier. Dans le même temps, la crise qui secoue Lockhart-Gardner, et le cabinet est placé sous le contrôle financier de Clarke Hayden (le toujours juste Nathan Lane). Côté famille, Alicia et Peter conviennent d’un gentlemen’s agreement : ils continueront de s’afficher comme un couple afin de promouvoir leurs carrières respectives (Peter est candidat pour devenir Gouverneur d’Illinois). Famille toujours, dans une intrigue très dispensable, Kalinda doit gérer le retour d’un mari trop collant à son goût.

L'embarras du choix

Clairement la saison la plus faible de The Good Wife, la série semble échouer à renouveler son intrigue. Incapable de s’émanciper du format procédural, incapable de rajouter de la profondeur à ses personnages, on stagne dans un confort médiocre. Certes, Alan Cumming et Nathan Lane font le show, mais en contre-partie il faut tolérer une Kalinda perdue dans une caricature qu’elle avait réussie à échapper jusqu’ici.

Saison 5 : Bouleversements en chaîne

Le propre d’une grande série est de faire monter la tension d’une intrigue jusqu’au point de rupture, pour ensuite dérouler le fil des réactions en chaîne que l’éclatement génère. Voilà en quelques mots tout le génie de cette saison 5. Les quatre premiers épisodes de la saison constituent cette montée (Alicia et Cary prépare leur départ de Lockhart-Gardner), le cinquième l’explosion (Will et Diane les découvrent) et le reste de la saison la recomposition géniale du jeu d’alliances que forment les personnages de cette série.

"When shit hits the fan"

The Good Wife atteint des sommets. Sans même dévoiler l’intrigue inattendue de la seconde moitié de saison, la saison 5 parvient à trouver un rythme et une intensité qui donnent une sensation de chaos permanent. La rupture oblige les acteurs à pousser leur jeu vers de nouveaux territoires et la qualité n’en sort que renforcée. Une mention pour la relation entre Diane (Christine Baranski) et Alicia, deux grandes dames, maître et élève, désormais concurrentes.

Saison 6 : Affaires de campagne

Candidate au poste de state attorney qu’avait occupé Peter, Alicia (et le téléspectateur ravi) découvre une campagne électorale de l’intérieur. L’autonomie ambigüe de son staff, la superficialité absurde de la communication politique, la solitude du candidat sont autant de sujets qui donnent à la première moitié de saison la même verve que la précédente. En parallèle, on suit Cary, poursuivi pour complicité de trafic de drogue, avec d’intéressantes plongées dans l’univers de la justice pénale.

Grosse ambiance chez les Florrick.

Malheureusement, le rythme retombe un peu par la suite : même si elle réserve quelques surprises, la conclusion de la campagne est tout sauf épique, les intrigues de recomposition des cabinets deviennent quelque peu lassantes et Kalinda est coincée dans les mailles des relations troubles (mais bien trop simplistes) entre Cary et le trafiquant Lemond Bishop. Bref, après avoir multiplié à tout va les intrigues secondaires, la série semble se chercher une ligne directrice et une cohérence. On espère mieux pour la saison prochaine.

Un procedural qui tend vers la série politique

Conçu comme un procedural (ces séries qui couvrent un cas particulier par épisode), The Good Wife s’est petit à petit émancipé de ce format grand public mais contraignant pour montrer toute la complexité du réseau de personnages qu’elle a crée : juges, procureurs, politiciens, avocats, clients vont, viennent, se croisent, s’affrontent dans une ville de Chicago qui trouve ici une nouvelle forme de mafia.

C'est dans la boîte.

Car The Good Wife utilise l’angle juridique pour montrer le pouvoir et les nombreux conflits d’intérêts qui l’accompagnent. La loi est d’abord une contrainte pour la politique et les abus de ceux qui la pratiquent, au premier rang desquels se trouve Peter. Mais la loi est aussi un outil de contrôle et de pouvoir : Peter, réélu après le scandale, puis ses successeurs l’utilisent sans vergogne, quitte à tracer une ligne étroite entre la subjectivité et le mensonge.

Féminité, technologie et questions sociétales

Au-delà de la politique comme art de la conquête du pouvoir, The Good Wife est surtout une excellente série dans son interrogation des questions sociétales. A la pointe des questions technologiques et raciales, et plus globalement en résonnance avec l’ensemble des problématiques sociétales étatsuniennes, la série utilise le traitement des affaires avec un sens aigu de la didactique – voir en ce sens les excellents « Bitcoin For Dummies » (3-13) et « Blue Ribbon Panel » (3-19).

Les femmes de The Good Wife

Enfin, The Good Wife est une série profondément féministe. Si l’élite reste majoritairement masculine, les personnages d’Alicia, de Diane et de Kalinda sont autant de femmes de pouvoir et autant de facettes de la féminité : toutes trois remarquablement fortes et intelligentes, elles s’appuient l’une sur l’émotion, l’autre sur l’autorité et la dernière sur la séduction pour parvenir à leur fin.

Sur cet argument extrêmement réducteur, je ne peux que vous conseiller de regarder cette série, la meilleure actuellement sur un network américain.

 

4 1

 

 

Hugo Argenton

En attendant d'aller faire l'ermite dans les Highlands ou le Bayou, avec l'oeuvre intégrale de Tolkien pour seule compagnie, je hante les salles du nord-ouest parisien et dévore séries politiques et romans.

On a la vie qu'on peut.

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