True Detective

Création : Nic Pizzolatto

Nombre de saisons : 1

Nombre d'épisodes : 8

Durée : 60 minutes

Diffusion : 12 janvier 2014 - en production

 

 


 

True detective 13

 

Starsky et Hutch dans le bayou

 

Sans nul doute l’un des phénomènes de l’année 2014, si vous ne l’avez pas vue vous avez sûrement entendu parler de cette série réunissant des acteurs de prestige : Woody Harrelson (Marty) et l’incontournable Matthew McConaughey (Rust). Derrière la caméra, un cinéaste qui s’est déjà fait remarquer notamment pour le très bon Sin Nombre : Kary Fuguwaga. La série se déroule dans le sud des Etats-Unis et suit le duo à deux périodes différentes la première en 1995 quand ils sont amenés à enquêter sur des meurtres en série particulièrement morbides, la deuxième, de nos jours alors que les meurtres semblent refaire surface. Au-delà du buzz qui l'a entouré, la série est-elle vraiment réussie ? 

 

Trailer true detective e1378767311477

Blablablabla.

 

"Qu'aimerait bien avoir l'air. Mais qu'a pas l'air du tout !"

 

J’ai vraiment eu beaucoup de mal à accrocher à la série. Le rythme est volontairement lent, ce qui ne me dérange pas en soi. Le problème est que cette lenteur donne un aspect poseur à toute la série. On a en permanence l’impression que le réalisateur veut nous montrer à quel point la série est profonde et différente. Les dialogues participent de cette impression : extrêmement écrits sans être profonds, ils boursoufflent une réalisation qui en fait déjà des tonnes. Au quatrième monologue de Matthew McConaughey (détective au lourd passé et très cynique) sur la vie, la mort, l’être humain, le mal, le bien j’étais aussi exaspéré que son coéquipier… La série est en effet très ambitieuse et nous le fait savoir. Chaque plan, chaque réplique, chaque silence semble vouloir nous démonter le brio des acteurs et du réalisateur. Ça devient rapidement très pénible et étouffant. 

 

La série veut nous faire réfléchir de manière quasiment ontologique sur la nature de l’Homme. Pourquoi fait-il le mal ? La rédemption est-elle possible ? Toute une réflexion chère à la culture américaine. L’avantage de la fiction et ce qui fait sa beauté c’est qu’elle peut adresser ces questions de manière indirecte en nous présentant des tranches de vie et d’expérience qui nous touchent directement ou nous font réfléchir sur l’humanité. Le problème, ici, c’est que True Detective se montre en permanence en train de réfléchir sur ces questions.  Et blabla le mal et blablabla le crime et blabla la religion. C’est extrêmement bavard et empêche le téléspectateur d’avoir sa propre réflexion puisque le travail est déjà mâché. Une série, plus qu’un film, a la capacité de faire vivre sur un temps étendu (à la fois dans la fiction et hors de la fiction) un certain nombre de personnages et de montrer à travers leurs interactions et leur évolution, des exemples de destins ou de chemins de vie. Et c’est à travers ces parcours particuliers que résonne en nous un sentiment d’identification, de rejet ou d’interrogation. True Detective saute une étape et nous envoie directement à la tronche les grandes théories sur l’homme imparfait et frustré de ne pas pouvoir s’améliorer. La toute dernière scène est symbolique de la série qui ne peut s’empêcher une dernière fois d’expliciter son message dans un dialogue pompeux.

 

True detective matthew mcconaughey

Blablablabla ?

 

En plus de cela, le scénario n’est pas du tout à la hauteur de la posture que prend la série. On suit une enquête somme toute basique qui se conclue de manière banale sans surprise, ni saveur dans le dernier épisode. Les deux détectives avancent à la vitesse d’un Derrick sous Exomil et ne brillent jamais par leur perspicacité (sauf évidemment dans le dernier épisode où le petit détail qui tue permettra de dénouer le mystère…). L’enquête n’est donc pas terrible et c’est la meilleure partie de la série. Parce qu’en plus de ça, il faut se farcir les affres sentimentales de Marty. Il trompe sa femme et s’en veut beaucoup. Mais la fidélité c’est dur quand même. Et Mme Marty n’est pas très contente quand elle apprend ça. Quand une œuvre de fiction aborde un thème aussi battu et rebattu que la fidélité dans un couple, on attend d’elle qu’elle innove dans son traitement ou qu’elle soit particulièrement émouvante dans le portrait des personnages brisés. Rien de tout ça ici, tout se passe comme prévu dans l’indifférence générale. Et ça prend un temps fou ! C’est simple, l’épisode 6 est entièrement consacré à ça. Et il est d’une nullité abyssale, sûrement l’un des pires épisodes que j’ai vu cette année (avec peut-être l’épisode 6 de la première saison de House of Cards. Je vais commencer à croire à la malédiction des épisodes 6).

True detective recap episode 4

Blablablabla !

 

Une exigence dans la mise en scène et l’image

 

Mais pourquoi tant de succès alors ? Pourquoi une ovation pour cette série ? Il faut le reconnaître elle est très bien réalisée. Fuguwaga sait se servir d’une caméra et le montre régulièrement. Les quelques scènes d’action sont réjouissantes. On retiendra surtout un magnifique plan-séquence qui clôt le quatrième épisode et nous plonge au milieu d’une fusillade générale. Sans doute l’une des plus belles scènes toutes séries confondues.

 

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 De très beaux plans.

Ces éclairs de génie, le potentiel des acteurs et une atmosphère bien retranscrite ne peuvent que nous faire regretter la lourdeur de la série et la banalité du scénario. On peut cependant louer l’effort de l’équipe qui a voulu proposer une œuvre ambitieuse, récompensée par un succès d’audience. Peut-être que la saison 2 saura gommer les défauts trop nombreux de la première saison.

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Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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