La crème de la crème - Un Top Séries

Commencer à regarder des séries, c’est mettre un doigt dans un engrenage mortellement chronophage, c’est tomber dans un puits sans fond, parcourir un nuage de références, de nouveautés, de classiques qu’on n’a jamais fini d’explorer. J’ai mis mon doigt sur le pilote de Friends, il y a environ cinquante mois (un peu plus de quatre ans pour ceux qui ont du mal avec la table de 12). Depuis, j’ai regardé un grand nombre de séries, un plus grand nombre encore de saisons, un nombre exponentiel d’épisodes, sans compter tout le temps perdu à regarder des pilotes fort dispensables.

Voici donc l’heure du bilan, l’heure où ma liste de référence est suffisamment pleine pour ne pas paraître inculte, l’heure où ma liste de futurs visionnages est encore suffisamment fournie pour pouvoir modifier ce Top dans le futur. Voici donc le Top 10 (parce qu’un Top, c’est toujours 10) des séries qui m’ont marquées ; bref, les meilleures.

 

1. The Thick Of It (BBC, 2005-2012)

“He’s as useless as a marzipan dildo.” Tout est là. Dans ces cinq minutes qui ouvrent la comédie politique la plus aboutie à ce jour. Ce mélange de drame, d’humour, de caricature et de violence verbale, produite sur la forme du mockumentary, dans laquelle surnage Malcolm Tucker (Peter Capaldi), le terrifiant spin-doctor du Premier Ministre britannique. Un récit acerbe de la gloire et la chute du New Labour au sein d’un ministère secondaire, le Department of Social Affairs and Citizenship. Magnifiquement écrite par Armando Iannucci, déclinée au cinéma (l’excellent In The Loop) et adaptée aux Etats-Unis par HBO (Veep, mais Julia Louis-Dreyfus ne peut égaler Peter Capaldi), The Thick Of It est une pétite à mettre entre les mains de tous ceux qui souhaitent perfectionner l'art d'insulter en anglais.

 

 

2. Boardwalk Empire (HBO, 2010-2015)

La politique toujours. Mais avec une bonne dose de brigands, cette fois. Une autre série dont le pilote est une grande claque dans la figure. Ecrit par Terrance Winter et réalisé par Martin Scorcese, il pose le personnage de Nucky Thompson (le magnifique Steve Buscemi) en trésorier public d’Atlantic City. Pour lui, la Prohibition qui commence est l’occasion de mettre un peu plus la main sur la ville, en organisant le trafic d’alcools. Dans l’Amérique de l’après-guerre, partagée entre la violence à peine maîtrisée des soldats démobilisés (Michael Pitt) et la rigueur morale des ligues féministes (Kelly Macdonald), sur fond de lutte raciale, Boardwalk Empire est le superbe portrait d’un personnage et d’une époque hors du commun.

 

 

3. The Office (NBC, 2005-2013)

Comment ? La version américaine plutôt que l’originale de Ricky Gervais ? Scandale ! Trahison ! J’avais pourtant prévenu, un Top est quelque de personnel, de sentimental. La version américaine de The Office est ma première série (avec Friends). Celle que j’ai suivi avec un bonheur égal jusqu’à son terme, après neuf saisons. Dans une petite entreprise de papier du bassin minier de Pennsylvanie, Michael Scott (Steve Carell, dans le rôle de sa vie) est regional manager.  Seulement, sa conception du management est particulière, basée sur un humour douteux et sa volonté de faire des amis de ses subordonnés. Un mockumentary porté pendant neuf saisons par un ensemble magnifique (complicité sans fards entre Rainn Wilson, John Krasinski et Jenna Fischer) ; 200 épisodes qui nous immergent dans les moments de grâce d’un quotidien banal et créent un sentiment d’appartenance digne des meilleures sitcoms.

 

 

4. Community (NBC, 2009-2014 ; Yahoo, 2015-…)

“Six seasons and a movie!” La fanbase de cette sitcom loufoque est passé du désespoir au sublime lorsque Yahoo a annoncé qu’elle offrirait cette sixième saison tant attendue à la série de Dan Harmon. Malgré de nombreuses turbulences en coulisses (départs d’acteurs, changements de showrunners), Community a réussi à maintenir son cocktail hebdomadaire d’humour méta et de tendresse. Community s’est créée son monde, un peu fou, un peu onirique et s’est forgée une réputation sur quelques épisodes mythiques (dont Modern Warfare, summum du genre, relate une partie de paintball assassin au travers un campus entier). Un brin de folie dans l’univers généralement très codifié des sitcoms, en attendant avec impatience et appréhension le passage prévu au grand écran.

 

 

5. The Good Wife (CBS, 2009-…)

La promotion 2009 des networks américains fut un cru exceptionnel (voir notamment ci-dessus) au sein duquel The Good Wife n’était finalement qu’un procedural parmi d’autres. Sa particularité : être en résonnance avec l’actualité, celle d’une femme trompée par son mari politicien, humiliée sur l’autel d’une repentance orchestrée pour les caméras. Une fois les caméras parties, Alicia Florrick (Julianna Margulies, un Golden Globe et deux Emmys pour le rôle) devient avocate et se voit partagée entre les intérêts professionnels, personnels, familiaux et politiques. De remarquable, la série est devenue extraordinaire le temps d’une saison 5 portée de main de maître par Robert et Michelle King. Sérieuse, féministe, intelligente et drôle, The Good Wife est la preuve vivante qu’une série grand public peut être aboutie.

 

 

6. Louie (FX, 2010-…)

Louie est la digne héritière de Seinfeld, sa version postmoderne. A l’origine, on retrouve Louis C.K., comédien de stand-up américain, dont la technique de prédilection consiste à mettre en écho sa propre vie de quadragénaire divorcé et père en surpoids avec une vision du monde pessimiste et noire. Après un premier échec sur HBO (Lucky Louie), CK réussit enfin à traduire son univers humoristique sous une forme narrative. Il y parcourt New York, cherche l’amour, s’occupe de ses deux filles, se produit dans des petits clubs. Louie met en scène un quotidien souvent aliénant, multipliant les impairs et les situations de mal-être, mais dans lequel demeurent, en sourdine, une tendresse, voire une poésie fondamentalement humaniste.

 

 

7. Extras (BBC, 2005-2007)

Kate Winslet, Ben Stiller, Samuel L. Jackson, Orlando Bloom, David Bowie, Daniel Radcliffe, Ian McKellen : ce ne sont que quelques uns des nombreux acteurs qui ont participé aux treize épisodes d’Extras. Pour sa deuxième création, Ricky Gervais se plonge dans la peau d’un figurant vieillissant dont l’ambition demeure pourtant de percer. Pour obtenir une réplique, Andy Millman va donc importuner les grands acteurs pour lesquels il ne fait partie que du décor. Les ressorts comiques restent les mêmes que dans The Office, la gêne et le mal-être, auxquels il faut rajouter les auto-caricatures de ses nombreux guests. Avec Stephen Merchant et Ashley Jensen à ses côtés, Ricky Gervais forme une magnifique bande de losers et offre une série sur la célébrité qui reste à ce jour sa plus grande réussite.

 

 

8. The West Wing (NBC, 1999-2006)

Peu d’acteurs ont incarné la fonction présidentielle américaine avec autant de longévité que Martin Sheen qui fut le Président fictif des Etats-Unis pendant deux mandats, sept saisons et plus de 150 épisodes de la série A la Maison-Blanche. Dans le monde d’Aaron Sorkin, les grands hommes sont toujours des libéraux, instruits, à la rhétorique aussi pédestre que brillante (le fameux walk and talk).  Dans le monde du Président Jed Bartlet, l’équipe de The West Wing travaille pour faire des Etats-Unis un monde meilleur. Trop souvent manichéenne, cette série demeure un excellent travail pédagogique sur le fonctionnement de la démocratie américaine et les enjeux du nouveau millénaire.

 

 

9. Seinfeld (NBC, 1989-1998)

Quatre amis, un café et un « show about nothing ». Voilà comment résumer les neuf saisons de Seinfeld, sitcom culte des années 1990. Si, en France, c’est Friends qui occupe cette position, les Américains ont développé un culte absolu pour cette pépite de l’humour. Jerry Seinfeld est un roi du stand-up américain, spécialisé dans l’humour observationnel. Seinfeld n’est guère plus que la transposition de cet humour dans un cadre narratif, où Seinfeld incarne une version fictive de lui-même, entouré par ses trois compères George Costanza (Jason Alexander), Elaine Benes (Julia Louis-Dreyfus) et Cosmo Kramer (Michael Richards). Ce groupe soudé est passé maître dans l’art de critiquer tout ce qui l’entoure au point se couper petit à petit du monde extérieur. Une machinerie parfaitement rodée.

 

 

10.Mad Men (AMC, 2007-2015)

Mais qui est Don Draper ? Voilà la question à laquelle tente de répondre les sept saisons (bientôt complètes) de cette fresque historique qui parcourt l’ensemble des années 1960. Don Draper (Jon Hamm) est le directeur créatif d’une agence de pub en plein cœur de Manhattan. Il règne sur un monde où la répartition sexuée des rôles va être bousculée par l’arrivée de la jeune Peggy Olson (Elisabeth Moss). Mad Men, qui s’attache à montrer les évolutions de l’Amérique pendant ces années-clés, est leur histoire croisée : lui, sa carrière et sa vie familiale parfaite en apparence mais menacée par un passé trouble ; elle, cherchant sa place dans une société dans laquelle les femmes sont souvent maintenues aux marges. Série brillante, Mad Men manquera bientôt.

 

 

 

Et les autres…

Il y a ici dix séries qui m’ont particulièrement marquées. Et puis, il y a les autres. Celles que je n’ai pas vues (The Sopranos), celles trop courtes pour entrer dans ce top (The Honourable Woman), les plaisirs coupables (Touch of Cloth), celles encore trop jeunes (Rectify) ou annulées dans la fleur de l’âge (Utopia). Enfin, il y a celles que j’aurais voulu faire rentrer mais pour lesquelles il n’y avait pas de place (30 Rock).

Hugo Argenton

En attendant d'aller faire l'ermite dans les Highlands ou le Bayou, avec l'oeuvre intégrale de Tolkien pour seule compagnie, je hante les salles du nord-ouest parisien et dévore séries politiques et romans.

On a la vie qu'on peut.

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